Le projet

Notre sociologie, notre histoire, notre pharmacopée, notre science de la chasse, et de la pêche, notre agriculture, notre science météorologique, tout cela est conservé dans des mémoires d’hommes, d’hommes sujets à la mort et mourant chaque jour. Pour moi, je considère la mort de chacun de ces traditionalistes comme l’incendie d’un fond culturel non exploité. [1]
(Amadou Hampâté Bâ)

La diversité de la végétation sénégalaise a depuis longtemps retenu l’attention des chercheurs, à l’œil desquels elle offre une remarquable mosaïque d’écosystèmes ; l’un des premiers mémoires publiés par l’IFAN lui fut d’ailleurs consacré, dès 1942. La volumineuse somme Les plantes du Sénégal, qui consigne l’ensemble des savoirs scientifiques sur le sujet, fait partie des ouvrages que tout étudiant ou chercheur en sciences agronomiques a eu ou aspire à avoir un jour entre les mains.

La diversité et la richesse des savoirs traditionnels liés à cette végétation ont en revanche moins retenu l’attention de la communauté scientifique. Plus d’un demi-siècle après l’interpellation d’Amadou Hampâté Bâ à l’Unesco, résumée en cette phrase aux allures d’adage, souvent citée en Afrique, « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle »[2], certains de ces savoirs populaires demeurent aujourd’hui encore à consigner, voire parfois à découvrir tout simplement, dont les savoirs culturaux et les savoirs culturels. Or, le recensement de ces savoirs s’avère d’autant plus crucial aujourd’hui que leur transmission, qui passe traditionnellement par la voie orale, est moins efficacement assurée, du fait des migrations rurales et de certains aspects de la modernisation.

Le projet « Racines du Sénégal » vise à consigner l’ensemble des savoirs traditionnels et populaires liés aux espèces végétales endogènes du Sénégal, en vue d’en assurer la pérennité – celle des savoirs comme celle des plantes.

Le travail de recensement patrimonial réalisé se concrétisera sous la forme de quatre réalisations :

  1. la création d’un réseau de personnes-ressources, dépositaires de ces savoirs ;
  2. la mise en place d’un réseau éducatif, vecteur de transmission de ces savoirs du monde rural vers le monde éducatif ;
  3. la création d’un site internet recensant les personnes-ressources et mettant les savoirs traditionnels inventoriés en relation avec les savoirs savants, à des fins de vulgarisation de ces derniers ;
  4. la création d’un « conservatoire végétal », à la fois jardin botanique, jardin pédagogique et lieu de formation.

Ce projet est destiné aux étudiants et chercheurs (en agroécologie, agroforesterie… mais aussi en histoire, en langues et cultures…) et aux agriculteurs, élèves-agriculteurs et apprentis-agriculteurs ; il vise aussi les enseignants (du primaire, du moyen et du secondaire) et plus généralement toute personne ou tout groupement de personnes sensibles à la préservation du patrimoine du Sénégal.


[1]Discours prononcé par Amadou Hampâté Bâ à la commission Afrique de la Conférence générale de l’Unesco le 1er décembre 1960, en ligne : https://www.ina.fr/audio/PHD86073514

[2]« Je concède que nous sommes des analphabètes, mais je ne vous concède pas que nous soyons des ignorants. […] Apprenez que dans mon pays, chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui a brûlé », in Amadou Touré et Ntji Idriss Mariko (dir.), Amadou Hampâté Bâ, homme de science et de sagesse : mélanges pour le centième anniversaire de la naissance d'Hampâté Bâ, Bamako, Nouvelles éditions maliennes / Paris, Karthala, 2005, p. 57.